Parution : Les chemins de Lesdiguières en Haut-Dauphiné

François de Bonne, est-il le plus célèbre ou le moins connu des grands personnages dauphinois ? Quel voile d’oubli est donc tombé sur ce personnage à la fois inquiétant par sa violence, voire sa cruauté parfois et attachant par son intelligence politique, son audace et aussi ce qu’on nommerait aujourd’hui « son sens de l’État »?

Cette nouvelle publication de la Société d’Études des Hautes-Alpes regroupe les huit communications issues du colloque «Les chemins de Lesdiguières en Haut-Dauphiné – de la guerre à la paix», fruit d’une collaboration entre la Société d’Études des Hautes-Alpes et l’Université Grenoble-Alpes et, au-delà, entre les départements des Hautes-Alpes et de l’Isère.

Né dans les Hautes-Alpes, à Saint-Bonnet-en-Champsaur, au cœur de ce qui était alors le Haut-Dauphiné, le duc de Lesdiguières est commémoré – on allait dire : revendiqué ! – à juste titre par l’Isère et les Hautes-Alpes, deux de nos départements dauphinois.

Car François de Bonne reste, malgré l’oubli, le grand homme du Dauphiné : si les guerres de Religion, au plus fort de leur drame, ont forgé le chef de guerre des Huguenots et en ont fait tout d’abord le « Renard du Dauphiné », le calme rétabli, souvent par la force des armes, contre la Ligue et l’ennemi de l’extérieur, elles ont ensuite produit le « roi du Dauphiné », l’homme au service du Roi de France, de la paix de l’Édit de Nantes, mais aussi au service de sa propre ascension militaire, politique et sociale.

Ouverte par la communication de Stéphane Gal, Lesdiguières : la montagne et la guerre, une suite d’articles présentent la période la plus « haut-alpine » de Lesdiguières, chef de guerre des Huguenots. Si la communication de Stéphane Gal présente un chef de guerre parfaitement maître de la montagne dont il connaît tous les passages et sait parfaitement y organiser la lutte pour tenir en échec des troupes royales supérieures en nombre, celle de Yves Chiaramella, Christine Roux et Georges Guiol (Les chemins de Lesdiguières : sur les pas du Renard du Dauphiné) propose une étude des déplacements du « centaure du Dauphiné » selon l’expression de Stéphane Gal, à partir d’une analyse fine du Journal de guerre de Soffrey de Calignon. Un autre cheminement de Lesdiguières, politique celui-là, est également étudié dans cet article, vers un personnage au service de l’État et d’une paix à retrouver face aux menaces de l’ennemi extérieur. Cette évolution est développée par Christophe Vyt dans son article (Lesdiguières faiseur de paix en Haut-Dauphiné) qui analyse ce rôle très important de rétablissement de la paix civile et religieuse en Dauphiné qui a suivi l’Édit de Nantes. Qui, mieux que Lesdiguières, connaisseur et maître du Dauphiné, mais aussi esprit ouvert aux nécessités de l’État, aurait pu remplir cette mission ?

La connaissance du Dauphiné, et tout particulièrement du Haut-Dauphiné, région frontalière et montagneuse, était essentielle aux plans stratégique et militaire. L’œuvre de Jean de Beins, à la fois cartographique et paysagère était capitale pour la connaissance de ce territoire lointain et d’accès difficile. L’article de Perrine Camus (Paysages en cartes : l’œuvre cartographique de Jean de Beins) rend compte de la magnifique contribution de Jean de Beins où perfection de l’art et précision des informations topographiques atteignent des sommets inconnus jusqu’alors. Sur plusieurs de ces cartes figure le lieu-dit « Les Disguières », proche du village du Glaizil, où se situe le premier château de François de Bonne et dont il a tiré son nom ducal.  Haut lieu de présence de Lesdiguières durant les guerres de Religion ce château est justement surnommé de refuge du Renard en Dauphiné par Céline Laforest dans son article (Le château de Lesdiguières au Glaizil). Si l’édifice est à présent largement ruiné, le mausolée de Lesdiguières a été sauvegardé et est à présent conservé au Musée Muséum départemental des Hautes-Alpes. Frédérique Verlinden, conservatrice en chef du Musée, présente ce monument sous ses différentes dimensions, artistique, historique et aussi symbolique car Lesdiguières, qui en avait suivi de près la réalisation, avait soigneusement veillé à l’image que la belle sculpture d’albâtre devait laisser de lui (Du corps de chair au corps de pierre, ou la quête d’une éternité).

Au-delà du personnage du Connétable, et puisque sa disparition a été évoquée, il fallait également aborder sa descendance. Ayant perdu en novembre 1587 son fils unique Henry, puis l’année suivante sa fille Claude, la seule descendance de Lesdiguières s’est développée par sa fille Madeleine et son gendre, le maréchal de Créqui. Dans son article (Entre intégration et rejet : le maréchal de Créquy et son duché de Lesdiguières) Christophe Caix analyse cette succession qui fut problématique du fait des différences d’origine nobiliaire des familles d’un côté et de la nécessité de préserver le titre de duc de Lesdiguières de l’autre. Est-ce l’une des raisons de l’oubli ayant frappé le dernier connétable de France ? Dans sa communication (Lesdiguières : du sommet de l’État à l’amnésie) Gérard Bourgin analyse l’ampleur et les causes historiques de cette mémoire étrangement défaillante.

« Les chemins de Lesdiguières en Haut-Dauphiné. De la guerre à la paix », ouvrage de 160 pages, est disponible à la Société d’Études des Hautes-Alpes au prix de 15 € (plus les frais d’envoi). 

25 Juin 2019

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