4 Résistants et déportés espagnols

4 Résistants et déportés espagnols

Outre les personnes évoquées au chapitres 1 et 2, sont donnés ci-après l’histoire des résistants et déportés espagnols s’étant réfugiés dans les Hautes-Alpes qui est parvenue jusqu’à nous.

Un chef de maquis : le Lt Pedro Garcès.

Le Lieutenant d’artillerie Garcès est né le 3 septembre 1913 à Barcelone. Il a servi comme capitaine d’artillerie dans la Division Lister, et il est militant communiste. Il a été incorporé pour deux ans dans le 36ème GTE, basé à La Bâtie Neuve. En juillet 41, il a épousé Mlle Roux, fille du marbrier de Gap et ex membre du PCF et ils ont une enfant en avril 42. Elle gère à Serres, une épicerie. Il a été détaché du GTE pour avoir souscrit un contrat de travail de comptable auprès d’un commerçant de Serres, parent de son épouse. Il a fait une demande de libération du GTE, pour résider avec sa famille et aider son épouse à tenir son commerce, mais on lui a opposé un refus. Il fait l’objet d’une surveillance et un rapport de l’inspecteur des RG du 3 septembre 42, signale que « lors de la cérémonie de prélèvement de la terre au monument aux morts, il assistait à distance à cette démonstration de sentiment national, les mains dans les poches et la cigarette aux lèvres ». Il ajoute que « si aucun fait précis de propagande subversive ne peut actuellement lui être reproché, il doit faire l’objet d’une surveillance très étroite » et il suggère « de le réincorporer dans le GTE pour que ses faits et gestes puissent être suivi de très près». On ignore ses activités en 43, mais on sait qu’ « à la fin de l’année il est recherché par la Gestapo ». Au début de 1944, il assure l’instruction militaire du maquis FTP de Méreuil avec un ami, autre officier espagnol, Henri Recatcho, qui avait été détaché de son GTE comme dessinateur auprès du Service des Ponts et Chaussée de Serres. Ce dernier devra quitter le camp pour un lieu plus sûr. L’épicerie de Mme Garcès est l’une des sources de ravitaillement du maquis. Le 4 avril, le maquis est attaqué et dispersé par une unité de la Wehrmacht et P. Garcès est recherché. Le 13 avril, il échappe à Serres à une arrestation par la Gestapo et il se réfugie dans l’Embrunais où « il se retrouve à la tête d’une vingtaine de réfractaires au STO espagnols, français et italiens », qui se cachent à proximité de Saint-Jean-des-Crots et qui sont aidés par la population. En juillet 44, il reçoit en renfort des membres de GTE qui ont déserté et il constitue le 12ème bataillon FTP, dont il devient le commandant. Le bataillon, qui a atteint l’effectif de 120 hommes en août 44, participe à la libération de Gap et, au début septembre, aux combats lors de la reprise de Briançon aux cotés de la 2ème DIM (Infanterie Marocaine). Après la guerre, P. Garcès habite à Gap, mais interrogé par Sylvain Reynaud en 1991, « il reste très évasif sur son rôle et il refuse de témoigner ».

Sources : ADHA 30W 773 et Sylvain Reynaud, Les maquis de l’Embrunais, mémoire de maîtrise d’histoire ; Université d’Aix, 1992-93. et J-P Pellegrin, Le maquis FTP de Méreuil, 2016

Des déportés.

Deux républicains espagnols, réfugiés dans le département avec leur famille, périrent au camp de Mauthausen, dès 1941. Membres de CTE, mobilisés près de la ligne Maginot, sur le front de l’Est, ils furent faits prisonniers et depuis leur Stalag, ils furent déportés et disparurent dans ce camp. Angel Monserrate Perez, né le 19 octobre 1898 à Jumilla (Province de Murcie), qui habitait à Embrun avec son épouse et ses deux fillettes de 8 et de 5 ans, est mort au Kommando de travail de Gusen le 10 juillet 41 et Manuel Castaneda Del Pozo, né Barcelone, habitait 25 rue David Martin à Gap, père d’un garçonnet de 5 ans, décéda dans ce camp le 29 septembre 1941.

Cristobal Cantos Múñoz, né en 1910, à Montealagi dans la Province d’Albacete est réfugié. En septembre 1939, il s’engage dans une unité auxiliaire de l’armée française. Il est membre d’un GTE d’où il est affecté comme ouvrier agricole à Sigoyer, se marie et devient agriculteur à Pelleautier. Il participe au réseau de ravitaillement du maquis FTP de la grotte de Ceuse et d’un groupe d’élèves officiers qui se cache à Ceüsette. Dénoncé, il est arrêté par la Gestapo le 18 novembre 43. Il parvient à se débarrasser des tickets d’alimentation destinés aux résistants qu’il porte sur lui et il refuse de parler, prétendant qu’il ne sait rien d’eux. Il est emprisonné à Gap, interrogé et malmené au siège de la Gestapo, puis pendant 23 jours à la prison des Baumettes à Marseille, avant de rejoindre le Centre de Compiègne. Il est déporté le 24 décembre à Buchenwald puis, deux semaines après, à Mauthausen (Matricule 53630) au Bloc 68 pendant 16 mois. Il y est affecté à un Kommando de travail dans une carrière, à remonter de lourdes pierres sur ses épaules. Il perdra l’usage d’un œil et sera blessé d’une balle dans la cuisse lors d’une tentative d’évasion mais il survivra. Ne pesant plus que 35 kg, il sera libéré par une unité américaine le 9 mai 45 et il reviendra à Pelleautier auprès de son épouse et de ses enfants. Il fut décoré de la Légion d’honneur par le Général de Gaulle, lors d’une cérémonie sous l’Arc de triomphe.

Sources : Duchamblo, Maquisards et Gestapo, 14ème Cahier. Dossiers SHD (Archives militaires), cotes GR16 10465 (FFI) et 21P 721518 (déporté).

Manuel Cruz Gomez est né le 1er janvier 1905 à Duente el Fresno (Espagne). Ancien soldat de l’armée républicaine, il est réfugié à Savines. Père de 3 enfants, il est conducteur de camions de l’entreprise Casero et « membre d’une organisation clandestine (espagnole) anti nazie qui a fabriqué et distribué du matériel de propagande ». Il a rejoint le maquis Boscodon car il est menacé par un envoi en Allemagne. Arrêté par la Gestapo, lors de l’attaque de ce maquis le 16 mai 44, il est interné aux Baumettes puis déporté depuis le camp de Compiègne Royallieu le 29 août 44 par le convoi 267, au camp de Neuengamme (matricule 56494). Il dit « avoir vécu dans des baraquements, puis sous des tentes surpeuplées, surveillé par des Allemands tous brutaux et méchants, avec pour toute nourriture un demi litre de soupe par jour de 12 h de travail … soumis à une discipline très sévère ». Il travaille au kommando de Muisburg, où il dit « avoir été témoin de pendaisons et d’exécutions sommaires ». Évacué vers le camp de Bergen Belsen, il est libéré fin avril 45 et rapatrié par train à travers la Hollande et la Belgique le 24 mai 45. Après la guerre il est domicilié à Serres.1

Manuel Tena Sanchez, alias Joaquim, né le 18 août 1909 à Retamar (Province d’Almeria), est aussi un réfugié républicain. Habitant à Savines, où il est manœuvre, il a aussi rejoint le maquis de Boscodon, pour éviter un envoi en Allemagne, comme en atteste le Lt Cl Rambaud, chef de la formation du secteur G AS FFI. Déporté par le même convoi 267 du 29 août et arrivé au camp de Neuengamme (matricule 56 450), le 1er septembre 44, il sera aussi évacué sur le camp de Bergen Belsen d’où il sera libéré au début mai 45. Il sera rapatrié par Lille le 26 mai dans un état d’épuisement total, reconnu invalide à 95%. Après la guerre il habitera à Voiron. 2

Aurelio Vicente Nieto, né le 24 mai 1914 à Gallegas de Salmiro en Espagne est réfugié républicain. Il a du être hébergé ou avoir été rattaché au Centre du Pont la Dame à Aspres et son adresse de résidence en France, à son retour de déportation, est « chez Antoine Bebès à Aspres-sur-Buëch ». Pendant l’hiver 43, il appartenait à la 643ème GTE, alors basé à Aix-sur-Vienne (Hte-Vienne) et il doit signer, le 5 février un contrat de travail de 12 mois dans l’usine Gustloff Werke d’Erfurt. Pour une raison inconnue, il est arrêté le 22 septembre 43 par la police de Weimar et interné au camp de Buchenwald, (matricule 34163), d’où il est transfère le 16 aout 43, à celui de Mauthausen (matricule 34163). Affecté au kommando de travail d’Ebensee, il en sera rapatrié le 24 mai 45 et le statut de déporté politique lui sera reconnu 3.

Luis Sanchez, né le 6 juin 1917 à Lugo (Espagne) réfugié républicain espagnol dans le département, était membre du 110ème GTE, dépendant du centre du Pont La Dame à Aspres-sur Buëch. Il a un emploi d’ouvrier agricole dans une ferme de St- Jean-St- Nicholas. Mais en juillet 43, à la demande des Allemands, les membres du GTE sont rassemblés pour être envoyés sur les chantiers Todt du Mur de l’Atlantique. Il se retrouve à Lorient, où il est impliqué dans des projets d’évasion. Arrêté, il est déporté à Bleichach en Bavière où il travaille dans une usine. Lors d’une perquisition, on retrouve « des papiers compromettants d’instructions de sabotage. Il est interrogé et battu, emprisonné et interné au camp du Struthof en Alsace en aout septembre 44, puis de Dachau jusqu’en avril 45 ». Il sera libéré le 30 mai, rapatrié le 1er juin 45 par Strasbourg et il retourne à Gap où il habitera 3 rue du Grenier d’Abondance. Le statut de déporté résistant ne lui sera pas reconnu « faute de pouvoir prouver son activité contre les Allemands4 », mais il sera reconnu déporté politique.5

Antoine Perez est né le 7 avril 1925 à Santa Elena en Espagne. Il est domicilié, avec sa mère veuve à Grenoble, 19 rue de la mutualité et il est manœuvre. En février 43, pour ne pas partir en Allemagne, il rejoint le camp de Plan Chapey du maquis AS du Haut Grésivaudan, selon le témoignage de son ex chef. Il participe à des sabotages et des embuscades et, recherché, il va se cacher au maquis FTP de Sigoyer, qui a été attaqué et anéanti le 28 novembre 43. « Lors de l’attaque de la grotte de Ceüse qui sert de refuge aux maquisards, une grenade a provoqué de graves blessures aux jambes, mal soignées ». Il est emprisonné à Gap, puis à Marseille où il est classé NN (Nuit et Brouillard), condamné à mort et déporté de Compiègne le 5 mars 44, par le convoi 186, aux camps de Sarrebruck, puis de Mauthausen (matricule 64581) . Selon son ami Lafontaine, « ce cher camarade arrivé avec moi du maquis de St Pierre d‘Allevard, mourra, je crois, au camp de Mauthausen, à 18 ans, avec la cuisse complètement pourrie. J’en garde le souvenir d’un vrai résistant car bien qu’étant le plus jeune de notre groupe, il a donné plus d’une fois des leçons de courage à certains ». Selon son dossier de résistant FFI, « Il fut un jeune résistant valeureux, mort pour la France le 16 mars 45»6. En décembre 45, non rentré et sans nouvelles de lui, sa mère formule une demande de recherche, qui confirme son décès et précise « qu’il est impossible de connaitre son lieu d’inhumation car les déportés décédés ont été tous passés au four crématoire ».7

1 Dossier 21P 627 145.

2 Dossier SHD 16P 680 804.

3 Dossier SHD 27 P 8532.

4 Dossier SHD 21P 669 788

5 Dossier SHD 21P 669788

6 Dossier SHD 16 P 466 356

7 Dossier SHD 16P 466356 et 21P 524144 Sa famille avait émigré avant la guerre civile, mais on a jugé judicieux d’évoquer la mémoire de ce jeune résistant à Sigoyer, mort à 19 ans..

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